Cour administrative d'appel de Marseille, 7ème Chambre, 28 mars 2011, 08MA04368

Mots clés
étrangers • séjour des étrangers Refus de séjour Motifs • requérant • ressort • astreinte • étranger • requête • société • statut • ingérence • menaces • condamnation • saisie • pouvoir • rapport • recours • rejet

Chronologie de l'affaire

Cour administrative d'appel de Marseille
28 mars 2011
Tribunal administratif de Marseille
8 juillet 2008

Synthèse

  • Juridiction : Cour administrative d'appel de Marseille
  • Numéro d'affaire :
    08MA04368
  • Décision précédente :Tribunal administratif de Marseille, 8 juillet 2008
  • Identifiant Légifrance :CETATEXT000023996516
  • Rapporteur : Mme Karine JORDA-LECROQ
  • Rapporteur public :
    M. DELIANCOURT
  • Président : Mme BUCCAFURRI
  • Avocat(s) : BRACCINI
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Résumé

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Texte intégral

Vu la requête

, enregistrée le 2 octobre 2008 au greffe de la Cour administrative d'appel de Marseille, sous le n° 08MA04368, présentée pour M. Evrand A, demeurant au ...), par Me Braccini, avocat ; M. A demande à la Cour : 1°) d'annuler le jugement n° 0803438 du 8 juillet 2008 par lequel le Tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 17 mars 2008 du préfet des Bouches-du-Rhône portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français et fixant l'Arménie comme pays de destination ; 2°) d'annuler ledit arrêté ; 3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa demande et de prendre une nouvelle décision dans un délai de quatre mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ladite astreinte courant pendant un délai de trois mois après lequel elle pourra être liquidée et une nouvelle astreinte fixée ; 4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ; .................................................. Vu les autres pièces du dossier ; Vu la décision du bureau d'aide juridictionnelle, en date du 8 octobre 2008, admettant M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ; Vu la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; Vu la convention internationale relative au statut des réfugiés, signée à Genève le 28 juillet 1951 ; Vu la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

Vu le code

de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; Vu la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979 modifiée ; Vu la loi n° 2007 - 1631 du 20 novembre 2007 ; Vu le code de justice administrative ; Vu le décret n° 2009-14 du 7 janvier 2009 relatif au rapporteur public des juridictions administratives et au déroulement de l'audience devant ces juridictions ; Vu l'arrêté du 27 janvier 2009 fixant la liste des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel autorisés à appliquer, à titre expérimental, les dispositions de l'article 2 du décret n° 2009-14 du 7 janvier 2009 ; Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ; Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 21 février 2011 : - le rapport de Mme Jorda-Lecroq, premier conseiller ; - les conclusions de M. Deliancourt, rapporteur public ; - et les observations de Me Coulet Rocchia, substituant Me Braccini, représentant M. A ;

Considérant que

M. A, de nationalité arménienne, relève appel du jugement en date du 8 juillet 2008 par lequel le Tribunal administratif de Marseille a rejeté sa requête dirigée contre l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 17 mars 2008 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français et fixant l'Arménie comme pays de destination ; Sur les conclusions à fin d'annulation : En ce qui concerne la décision portant refus de séjour : Considérant, en premier lieu, qu'il ressort de l'examen de la décision portant refus de titre de séjour que le préfet des Bouches-du-Rhône a rappelé les considérations de droit, tant au regard des dispositions internes que des stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui en constituent le fondement, et en particulier l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; que la décision précise également les éléments concernant la vie personnelle de l'intéressé, relatifs notamment au défaut d'établissement de l'absence d'attaches familiales dans son pays d'origine ; que, par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision contestée doit être écarté ; Considérant, en deuxième lieu, qu'il ressort de l'examen de la décision contestée que le préfet des Bouches-du-Rhône a vérifié que M. A n'entrait dans aucune des catégories de plein droit définies aux articles L. 313-11 et L. 314-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a constaté qu'il ne justifiait pas du visa de long séjour prévu par l'article L. 311-7 dudit code et a examiné sa situation familiale au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; qu'ainsi, le préfet, qui ne s'est pas borné, contrairement à ce que soutient le requérant, à évoquer la décision de la Cour nationale du droit d'asile du 18 février 2008 ayant rejeté sa demande tendant au bénéfice du statut de réfugié, ne s'est pas estimé lié par celle-ci et a procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé ; Considérant, en troisième lieu, que la décision de la Cour nationale du droit d'asile du 18 février 2008, rejetant le recours de M. A dirigé contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 10 août 2006 ayant rejeté sa demande tendant au bénéfice du statut de réfugiés présente un caractère juridictionnel ; que, dès lors, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision ainsi que de celle de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 10 août 2006 est irrecevable et doit être écarté ; Considérant, en quatrième lieu, qu'aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable au jour de la décision attaquée : Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention vie privée et familiale est délivrée de plein droit : (...) 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 311-7 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ; qu'aux termes de l'article R. 313-21 dudit code : Pour l'application du 7º de l'article L. 313-11, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de la vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. ; qu'aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ; Considérant que le requérant, né le 16 novembre 1960, déclare être entré en France le 28 novembre 2005 ; qu'il soutient qu'il a construit depuis lors sa vie privée et familiale en France avec son épouse, de nationalité arménienne, et leurs deux enfants nés en 1992 et 1993 et scolarisés dans un collège à Marseille ; qu'il ressort toutefois des pièces du dossier que M. A, dont l'épouse se trouve également en situation irrégulière sur le territoire national, n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine ; que, compte tenu de la durée et des conditions de séjour du requérant en France, la décision refusant son admission au séjour n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise ; que par suite, les moyens tirés de la violation des dispositions de l'article L. 313-11-7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doivent être écartés ; Considérant, en cinquième lieu, qu'aux termes de l'article L. 312-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, Dans chaque département, est instituée une commission du titre de séjour (...) ; qu'aux termes de l'article L. 312-2 de ce même code : La commission est saisie par l'autorité administrative lorsque celle-ci envisage de refuser de délivrer ou de renouveler une carte de séjour temporaire à un étranger mentionné à l'article L. 313-11 ou de délivrer une carte de résident à un étranger mentionné aux articles L. 314-11 et L. 314-12, ainsi que dans le cas prévu à l'article L. 431-3. ; Considérant qu'il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues aux articles L. 313-11, L. 314-11, L. 314-12 et L. 431-3 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions ; qu'il résulte de ce qui a été dit précédemment que le préfet des Bouches-du-Rhône n'était pas tenu de soumettre le cas du requérant à la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande ; Considérant, en sixième lieu, qu'aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ; qu'il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant ; Considérant qu'il ressort des pièces du dossier que la décision de refus de séjour contestée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer M. A de ses enfants ; que, dès lors, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté ; En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français : Considérant, en premier lieu, qu'aux termes du premier alinéa in fine du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version issue de l'article 41 de la loi n° 2007-1631 du 20 novembre 2007 relative à la maîtrise de l'immigration, à l'intégration et à l'asile : L'obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation ; que, dès lors, le moyen tiré de l'absence de motivation de l'obligation de quitter le territoire français est inopérant et doit donc être écarté ; Considérant, en deuxième lieu, que pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment, les moyens tirés de la violation des dispositions de l'article L. 313-11-7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés ; que le refus de séjour n'étant pas entaché d'illégalité ainsi qu'il a été dit ci-dessus, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour doit être également écarté ; Considérant, enfin, que le moyen tiré de la violation du principe d'égalité n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé et ne peut, dès lors, qu'être écarté ; En ce qui concerne la décision fixant l'Arménie comme pays de destination : Considérant qu'aux termes de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : L'étranger qui est obligé de quitter le territoire français (...) est éloigné : 1° A destination du pays dont il a la nationalité (...). Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales... ; qu'aux termes de l'article 3 de ladite convention : Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ; Considérant que M. A soutient avoir fait l'objet de menaces et de mauvais traitements en Arménie en 1996 pour avoir milité en faveur de l'Union nationale démocratique d'Arménie, parti d'opposition arménien, été représentant dans un bureau de vote et pris part à une manifestation d'opposition le 22 septembre 1996 ; qu'il fait également valoir que lui-même et sa famille ont été menacés et qu'il a été victime le 17 janvier 1997 d'une agression ayant entraîné l'amputation de deux doigts de la main droite ; que toutefois les documents qu'il produit à l'appui de ses allégations, dont une attestation de recherche, émanant du service de la police de la république d'Arménie de Malatia, établie le 15 juin 2008 et traduite en français le 8 juillet 2008, ne présentent pas un caractère suffisamment probant et ne permettent pas, dès lors, d'établir que M. A serait exposé, en cas de retour dans son pays d'origine, à des risques de peines ou de traitements inhumains ou dégradants ; Considérant qu'il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le Tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône en date du 17 mars 2008 ; Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte : Considérant que le rejet des conclusions à fin d'annulation de l'arrêté contesté par le présent arrêt n'appelle aucune mesure d'exécution ; que, par suite, les conclusions susvisées ne peuvent être accueillies ; Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : Considérant qu'aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ; Considérant en tout état de cause, que les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens ;

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée. Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. Evrand A et au ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration. Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône. '' '' '' '' N° 08MA04368 2 cl