Cour d'appel de Douai, 5 juin 2008, 08/00364

Mots clés
préjudice • rente • réparation • rapport • preuve • recours • réduction • référé • remise • ressort • siège • solde • subsidiaire • tiers

Synthèse

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Résumé

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Texte intégral

COUR D'APPEL DE DOUAI TROISIÈME CHAMBRE

ARRÊT

DU 05/06/2008 * * * N° RG : 08/00364 Offre FIVA du 22 Novembre 2007 DEMANDEUR Monsieur Claude X... né le 04 Février 1942 à ERINGHEM (59470) Demeurant ... 59229 TETEGHEM représenté par Me HAAS de la SCP MICHEL LEDOUX ET ASSOCIES, avocats au barreau de PARIS DÉFENDEUR FONDS D'INDEMNISATION DES VICTIMES DE L'AMIANTE Ayant son siège social Tour Galliéni II - 36 Avenue du Général de Gaulle 93175 BAGNOLET CEDEX représenté par Me Mario CALIFANO, avocat au barreau de LILLE COMPOSITION DE LA COUR LORS DES DÉBATS ET DU DÉLIBÉRÉ Madame MERFELD, Présidente de chambre Monsieur KLAAS, Conseiller Madame ALVARADE, Conseillère --------------------- GREFFIER LORS DES DÉBATS : Madame AMBROZIEWICZ DÉBATS à l'audience publique du 23 Avril 2008, Les parties ont été avisées à l'issue des débats que l'arrêt serait prononcé par sa mise à disposition au greffe. ARRÊT CONTRADICTOIRE prononcé publiquement par mise à disposition au greffe le 05 Juin 2008 (date indiquée à l'issue des débats) et signé par Madame MERFELD, Présidente, et Madame AMBROZIEWICZ, Greffière, à laquelle la minute de la décision a été remise par le magistrat signataire. Monsieur Claude X... , né le 4 février 1942, est porteur de plaques pleurales qui ont été diagnostiquées le 17 février 2006. La Caisse Primaire d'Assurance Maladie de DUNKERQUE a reconnu le caractère professionnel de sa maladie et lui a attribué un taux d'incapacité permanente de 5 %. Monsieur X... a saisi le Fonds d'Indemnisation des Victimes de l'Amiante (FIVA) qui, le 22 novembre 2007, lui a présenté une offre d'indemnisation établie comme suit : - préjudice patrimonial sur la base d'un taux d'incapacité de 5 % et d'une rente annuelle de 429 € * arriérés de la rente du 18 février au 31 décembre 2006 429 € x 317 / 365 372,58 € du 1er janvier au 30 septembre 2007 429 € x 3/4 321,75 € * capitalisation de la rente au 1er octobre 2007 429 € x 12,826 5.502,35 € Total 6.196,68 € à déduire : capital versé par l'organisme social - 1.745,28 € Solde 4.451,40 € - préjudice extra-patrimonial souffrances physiques 900 € préjudice moral 13.000 € préjudice d'agrément 600 € Monsieur X... a contesté cette offre par lettre reçue au greffe de la Cour le 16 janvier 2008. Par conclusions déposées le 20 mars 2008, il demande à la Cour d'évaluer le préjudice lié à son incapacité fonctionnelle sur la base d'une rente annuelle de 858 € et en conséquence de lui attribuer, à ce titre, une somme de 14.498,95 € établie comme suit : - arriérés de la rente du 18 février 2006 au 30 septembre 2007 : 317 jours et 3 trimestres (858 € x 317 / 365) + (858 € x 3/4) 1.388,67 € - capitalisation de la rente au 1er octobre 2007 858 € x 15,280 13.110,24 € 14.498,91 € Il soutient que la somme versée par l'organisme social au titre de la capitalisation de la rente accident du travail présente, compte tenu de ses critères d'attribution et de calcul, un caractère professionnel et ne doit pas venir en déduction de l'indemnité allouée en réparation de l'incapacité fonctionnelle qui est un préjudice personnel. Il invoque notamment l'avis rendu le 29 octobre 2007 par la Cour de Cassation sur l'application de l'article 25 de la loi du 21 décembre 2006, duquel il résulte que la rente versée par l'organisme social en application de l'article L 434-2 du code de la sécurité sociale, à la victime d'un accident du travail, doit s'imputer sur les pertes de gains professionnels et sur la part d'indemnité réparant l'incidence professionnelle et l'arrêt du Conseil d'Etat du 5 mars 2008 par lequel il a été jugé que l'objet exclusif de la rente accident du travail est de contribuer à la réparation du préjudice subi par l'intéressé dans sa vie professionnelle du fait du handicap. A titre subsidiaire pour le cas où la Cour considérerait que la rente versée par la CPAM au titre de la maladie professionnelle doit venir en déduction de l'indemnité réparant le déficit fonctionnel il se porte demandeur de la somme de 12.753,63 €. Pour la capitalisation il propose de retenir la table de mortalité 2002-2004 qui est la table la plus récente publiée par l'INSEE, avec un taux d'intérêt de 2,5 %. Plus subsidiairement encore, dans l'hypothèse où la Cour estimerait devoir appliquer le barème de capitalisation adopté par le FIVA, soit un prix de rente de 12,826 pour un homme de 65 ans, il se porte demandeur d'une somme de 10.648,10 €. Il considère que ses autres chefs de préjudice ont également été sous-évalués et demande : - 3.000 € pour les souffrances physiques, - 30.000 € pour le préjudice moral, - 3.000 € pour le préjudice d'agrément. Il sollicite le paiement d'une somme de 1.500 € sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile. Le FIVA a conclu le 1er avril 2008 à la confirmation de son offre d'indemnisation. Il conteste notamment le principe de la linéarité appliqué par Monsieur X... pour déterminer la valeur du point d'incapacité soutenant que ce principe n'est pas adapté car il n'existe aucune proportionnalité de gravité, eu égard au taux d'incapacité, entre une maladie bénigne et une maladie maligne. Il ajoute que le barème que lui-même propose forme un ensemble cohérent de sorte que l'on ne peut en retenir certains éléments et en écarter d'autres sans aboutir à une grave dénaturation ayant pour effet de générer une double indemnisation et une inégalité entre les victimes. Il considère que les dispositions du IV de l'article 53 de la loi du 23 décembre 2000 imposent de déduire, pour le calcul de la rente, les indemnités de toute nature qui ont été versées à la victime et en particulier les indemnités servies par l'organisme social. Il rappelle l'interdiction des doubles indemnisations et des enrichissements sans cause et invoque le caractère historiquement mixte de la rente d'invalidité qui a vocation à la fois à indemniser le déficit fonctionnel et à fournir un revenu de remplacement. Il ajoute qu'il n'incombe pas au FIVA d'établir que la prestation versée par l'organisme de sécurité sociale indemnise l'incapacité fonctionnelle mais que conformément au droit commun, c'est au demandeur de démontrer qu'il conserve un préjudice non indemnisé par la sécurité sociale. Il considère que les prétentions de Monsieur X... au titre de ses préjudices physiques, moral et d'agrément sont excessives et s'oppose à la demande en application de l'article 700 du code de procédure SUR CE : 1 l'incapacité fonctionnelle Attendu que les parties s'accordent sur le taux d'incapacité de 5 % à compter du 18 février 2006 ; qu'elles sont en désaccord sur la valeur du point d'incapacité ; Attendu que la présente action n'a pas pour objet d'apprécier la pertinence du barème auquel le FIVA se réfère mais seulement de rechercher si, dans le cas d'espèce, l'offre du fonds répond concrètement à l'objectif de réparation intégrale ; Qu'au vu du compte rendu du scanner thoracique du 17 février 2006 qui fait apparaître des plaques pleurales fibro-hyalines, de moyenne importance, dont les plus épaisses atteignent 5 mm, certaines étant calcifiées, au niveau des plèvres pariétales, des plèvres diaphragmatiques et des plèvres médiastines, la Cour considère que la proposition du FIVA, soit la somme de 429 € par an, est insuffisante à réparer le déficit fonctionnel de Monsieur X... ; qu'afin d'assurer une juste et totale indemnisation il y a lieu de fixer l'indemnité à 858 € par an ; Attendu que les parties sont également en désaccord sur le barème à appliquer pour la capitalisation de la rente à compter du 1er octobre 2007 ; Attendu que la table de capitalisation retenue par Monsieur X... intègre un taux d'intérêt de 2,5 % qui apparaît sous-évalué compte tenu des taux de rendement financiers actuels ; Que le barème de capitalisation adopté par le FIVA résulte des préconisations du rapport de l'Inspection Générale des Affaires Sociales dit rapport YAHIEL ; qu'il est fondé sur une table de mortalité établie selon les projections démographiques de l'INSEE en 2002 et sur un taux d'intérêt de 3,5 % conforme aux données économiques actuelles ; que ce barème sera retenu ; Attendu qu'il est donc dû par le FIVA : - du 18 février au 31 décembre 2006 858 € x 317 / 365 745,17 € - du 1er janvier au 30 septembre 2007 858 € x 3/4 643,50 € - capitalisation de la rente au 1er octobre 2007, Monsieur X... étant âgé de 65 ans, 858 € x 12,826 11.004,71 € Total 12.393,38 € Attendu que Monsieur X... conteste la déduction opérée par le FIVA de l'indemnité en capital versée par la CPAM en application des articles L 434-1 et suivants du code de la sécurité sociale ; Attendu qu'il résulte des dispositions du IV de l'article 53 de la loi du 23 décembre 2000 que dans son offre d'indemnisation présentée au demandeur, le FIVA doit indiquer "l'évaluation retenue pour chaque chef de préjudice, ainsi que le montant des indemnités qui lui reviennent compte tenu des prestations énumérées à l'article 29 de la loi n° 85-677 du 5 juillet 1985 tendant à l'amélioration de la situation des victimes d'accidents de la circulation et à l'accélération des procédures d'indemnisation et des indemnités de toute nature reçues ou à recevoir d'autres débiteurs du chef du même préjudice" ; Attendu que selon l'article 25 de la loi du 21 décembre 2006 venu modifier l'article L 376-1 du code de la sécurité sociale et l'article 31 de la loi du 5 juillet 1985 les recours subrogatoires des caisses de sécurité sociale s'exercent poste par poste sur les seules indemnités qui réparent les préjudices qu'elles ont pris en charge à l'exclusion des préjudices à caractère personnel ; que cependant si le tiers payeur établit qu'il a effectivement et préalablement versé à la victime une prestation indemnisant de manière incontestable un poste de préjudice personnel, son recours peut s'exercer sur ce poste de préjudice ; Attendu que l'indemnité offerte par le FIVA au titre de l'incapacité fonctionnelle répare, selon la définition adoptée dans son barème indicatif, "la réduction du potentiel physique, psychosensoriel ou intellectuel résultant d'une atteinte à l'intégrité corporelle d'une personne" ; qu'il s'agit donc de l'indemnisation d'un chef de préjudice personnel et non d'un préjudice patrimonial, le FIVA indemnisant distinctement la perte de gains et le préjudice économique ; Attendu que le capital ou la rente versé en application des articles L 434-1 et suivants du code de la sécurité sociale à la victime d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle indemnise notamment les pertes de gains professionnels et les incidences professionnelles de l'incapacité ; qu'il doit en conséquence s'imputer sur les pertes de gains professionnels et sur la part d'indemnité réparant l'incidence professionnelle ; Que si le FIVA souhaite l'imputer sur un poste de préjudice personnel, il lui appartient d'établir qu'une part de cette prestation a effectivement et préalablement indemnisé la victime, de manière incontestable, pour un tel poste de préjudice personnel ; Que le FIVA qui n'apporte pas la preuve dont il a la charge ne peut opérer la déduction du capital versé par la caisse de sécurité sociale ; Attendu qu'en conséquence l'indemnité revenant à Monsieur X... au titre du déficit fonctionnel s'élève à 12.393,38 € ; 2) - Sur les souffrances physiques Attendu que les explorations fonctionnelles respiratoires sont normales ; Que la somme de 900 € proposée par le FIVA répare exactement les signes physiques dont se plaint Monsieur X... et qui sont attestés par ses proches : essoufflements lors de la montée des escaliers et des marches prolongées ; Que le FIVA signale à juste titre que Monsieur X... présente également une bronchopathie sans rapport avec l'amiante et un surpoids responsables d'une partie des troubles invoqués ; 3) - Sur le préjudice moral Attendu que Monsieur X... évoque un préjudice moral constitué par de fortes angoisses et un état dépressif ; que son épouse atteste qu'il est inquiet et que sa maladie influe sur son moral et son caractère ; Attendu que la somme de 13.000 € offerte par le FIVA constitue une juste réparation du préjudice moral ainsi caractérisé en considération de l'âge de Monsieur X... , 64 ans à l'annonce du diagnostic de plaques pleurales, du retentissement psychologique qui s'en est suivi et du taux d'incapacité retenu ; qu'il n'est apporté aucune preuve médicale de l'état dépressif ; qu'il y a lieu à confirmation ; 4) - Sur le préjudice d'agrément Attendu que l'épouse, les fils et la belle-fille de Monsieur X... attestent des difficultés rencontrées pour l'exercice des travaux de bricolage et lors des promenades familiales ; Qu'il ne ressort pas de ces attestations une sous évaluation de l'offre du FIVA ; que le demandeur ne justifie d'aucun élément qui n'aurait pas été pris en compte ; que la somme de 600 € doit être confirmée

; *** Attendu

qu'en application de l'article 31 du décret du 23 octobre 2001 les dépens sont à la charge du FIVA qui versera en outre à Monsieur X... une somme de 500 € au titre de l'article 700 du code de procédure civile ;

PAR CES MOTIFS

: La Cour, Statuant en audience publique et contradictoirement, Alloue à Monsieur Claude X... la somme de 12.393,38 Euros au titre de son déficit fonctionnel, avec intérêts au taux légal à compter du présent arrêt, Dit que cette somme sera versée par le Fonds d'Indemnisation des Victimes de l'Amiante sous déduction des provisions éventuellement déjà réglées, Confirme l'offre du FIVA au titre des autres chefs de préjudice, Met les dépens à la charge du FIVA, Dit qu'il devra verser à Monsieur X... une somme de 500 Euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile.