Cour administrative d'appel de Versailles, 4ème Chambre, 30 décembre 2010, 09VE04097

Mots clés
rapport • résidence • service • astreinte • requête • risque • soutenir • étranger • pouvoir • principal • production • renvoi • ressort • statuer • subsidiaire

Chronologie de l'affaire

Cour administrative d'appel de Versailles
30 décembre 2010
Tribunal administratif de Cergy-Pontoise
1 septembre 2009
Tribunal administratif de Cergy-Pontoise
10 mars 2008

Synthèse

  • Juridiction : Cour administrative d'appel de Versailles
  • Numéro d'affaire :
    09VE04097
  • Type de recours : Excès de pouvoir
  • Décision précédente :Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, 10 mars 2008
  • Identifiant Légifrance :CETATEXT000023493844
  • Rapporteur : M. Michel BRUMEAUX
  • Rapporteur public :
    Mme JARREAU
  • Président : M. BROTONS
  • Avocat(s) : HANAU
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Résumé

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Texte intégral

Vu la requête

, enregistrée le 21 décembre 2009 au greffe de la Cour administrative d'appel de Versailles, présentée pour Mme Elisa A, domiciliée ..., par Me Hanau, avocat ; Mme A demande à la Cour ; 1°) d'annuler le jugement n° 0901866 en date du 1er septembre 2009 par lequel le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 8 octobre 2008 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui renouveler son titre de séjour portant la mention vie privée et familiale , a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ; 2°) d'annuler cet arrêté ; 3°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ; 4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ; Elle soutient que : - la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ; - le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne saisissant pas la commission du titre de séjour ; - l'arrêté du 8 octobre 2008 est illégal en raison du défaut de production de l'avis du médecin inspecteur de santé publique par le préfet ; le préfet n'a communiqué aucune pièce de nature à étayer sa position ; l'arrêté du 8 juillet 1999 impose au médecin inspecteur chargé d'émettre un avis de préciser un certain nombre de mentions ; - le préfet a méconnu les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 et du 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle souffre d'une hypertension artérielle sévère et d'un diabète de type 2 compliqué d'une rétinopathie nécessitant un suivi régulier et des traitements appropriés dont elle ne pourrait bénéficier en cas de retour dans son pays d'origine ; - l'arrêté préfectoral du 8 octobre 2008 et le jugement du Tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 1er septembre 2009 méconnaissent l'autorité de la chose jugée ; un jugement du Tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 10 mars 2008 a annulé l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre par un arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 2 mai 2007 et a enjoint au préfet de réexaminer sa situation ; - le préfet de la Seine-Saint-Denis a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ; elle est entrée en France en 2006 et est suivie médicalement depuis cette date ; sa fille est scolarisée ; ....................................................................................................... Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code

de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; Vu la loi n° 91-634 du 10 juillet 1991 ; Vu le code de justice administrative ; Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ; Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 14 décembre 2010 : - le rapport de M. Brumeaux, président assesseur, - et les conclusions de Mme Jarreau, rapporteur public ;

Sur la

légalité de l'arrêté en date du 8 octobre 2009 du préfet de la Seine-Saint-Denis, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête : Considérant qu'aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention vie privée et familiale est délivrée de plein droit : (...) 11° A l'étranger résidant habituellement en France dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans le pays dont il est originaire (...). La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative, après avis du médecin inspecteur de santé publique compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressé ou, à Paris, du médecin, chef du service médical de la préfecture de police. ; qu'aux termes de l'article R. 313-22 du même code en vigueur à la date de la décision litigieuse : Pour l'application du 11° de l'article L. 313-11, le préfet délivre la carte de séjour temporaire au vu d'un avis émis par le médecin inspecteur départemental de santé publique compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressé et, à Paris, par le médecin, chef du service médical de la préfecture de police. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de la population et des migrations, du ministre chargé de la santé et du ministre de l'intérieur, au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin agréé ou un praticien hospitalier et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de traitement dans le pays d'origine de l'intéressé. ; qu'aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 8 juillet 1999, pris pour l'application de ces dispositions : L'étranger qui a déposé une demande de délivrance ou de renouvellement de carte de séjour temporaire en application de l'article 12 bis (11°) ou qui invoque les dispositions de l'article 25 (8°) de l'ordonnance n° 45-2658 du 2 novembre 1945 est tenu de faire établir un rapport médical relatif à son état de santé par un médecin agréé ou un praticien hospitalier. ; qu'aux termes de l'article 3 du même arrêté : (...) le médecin agréé ou le praticien hospitalier établit un rapport précisant le diagnostic des pathologies en cours, le traitement suivi et sa durée prévisible ainsi que les perspectives d'évolution et, éventuellement, la possibilité de traitement dans le pays d'origine. Ce rapport médical est transmis, sous pli confidentiel, au médecin inspecteur de santé publique de la direction départementale des affaires sanitaires et sociales dont relève la résidence de l'intéressé ; que l'article 4 du même arrêté prévoit que : Au vu de ce rapport médical et des informations dont il dispose, le médecin inspecteur de santé publique de la direction départementale des affaires sanitaires et sociales émet un avis précisant : / - si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / - si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / - si l'intéressé peut effectivement ou non bénéficier d'un traitement approprié dans le pays dont il est originaire ; /- et la durée prévisible du traitement. / Il indique, en outre, si l'état de santé de l'étranger lui permet de voyager sans risque vers son pays de renvoi. /. Cet avis est transmis au préfet par le directeur départemental des affaires sanitaires et sociales. ; qu'enfin aux termes de l'article 6 : A Paris, le rapport médical du médecin agréé ou du praticien hospitalier est adressé sous pli confidentiel au médecin-chef du service médical de la préfecture de police. Celui-ci émet l'avis comportant les précisions exigées par l'article 4 ci-dessus et le transmet au préfet de police. ; Considérant qu'il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux parlementaires qui ont précédé l'adoption de la loi du 11 mai 1998, dont sont issues les dispositions précitées de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un étranger qui en fait la demande au titre des dispositions du 11° de l'article L. 313-11, de vérifier, au vu de l'avis émis par le médecin mentionné à l'article R. 313-22 précité, que cette décision ne peut avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire ; que lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine ; que si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine ; Considérant que Mme A, ressortissante congolaise, entrée en France en 2006 à l'âge de quarante-trois ans, a d'abord demandé un titre de séjour au titre de l'asile que le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé par un arrêté du 2 mai 2007, l'obligeant à quitter le territoire français ; que, par un jugement du 10 mars 2008, le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a partiellement annulé cet arrêté, la décision portant obligation de quitter le territoire français étant entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son état de santé et a enjoint au préfet de réexaminer sa situation ; qu'elle a ensuite demandé la délivrance d'un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale en qualité d'étranger malade que le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusée par un arrêté du 8 octobre 2008, lui faisant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination ; Considérant qu'il ressort des pièces du dossier, et notamment des certificats médicaux versés par la requérante, que le défaut de prise en charge médicale de l'état de santé de Mme A, qui souffre d'une hypertension artérielle sévère et d'un diabète de type 2 compliqués d'une rétinopathie pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité ; que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a produit aucun élément permettant de présumer de la disponibilité théorique de l'offre de soins nécessitée par l'état de santé de Mme A au Congo (RDC), son pays d'origine ; que, par suite, elle est fondée à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis a méconnu les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; Considérant qu'il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté en date du 8 octobre 2008 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé comme pays de destination le pays dont elle a la nationalité ou tout autre pays où elle serait légalement admissible ; Sur les conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : Considérant qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par Mme A sur ce fondement et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros qu'elle demande, à verser à son conseil, Me Hanau, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle accordée à Mme A, conformément aux dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée ; Sur les conclusions aux fins d'injonction : Considérant qu'eu égard au motif de l'annulation mentionnée ci-dessus, le présent arrêt implique seulement que la demande de titre de séjour de Mme A soit réexaminée ; qu'il convient ainsi d'enjoindre le préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder à un tel examen dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent arrêt ; qu'il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte ;

DECIDE :

Article 1er : Le jugement du Tribunal administratif de Cergy-Pontoise en date du 1er septembre 2009 et l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 8 octobre 2008 sont annulés. Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer la demande de titre de séjour de Mme A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent arrêt. Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à Me Hanau en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle obtenue par Mme A. Article 4 : Le surplus des conclusions de Mme A est rejeté. '' '' '' '' N° 09VE04097 2