Tribunal judiciaire de Paris, 20 février 2026, 23/16680
Résumé
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Synthèse et parties
- Juridiction Tribunal judiciaire de Paris
- Numéro de pourvoi23/16680
- Dispositif Déboute le ou les demandeurs de l'ensemble de leurs demandes
- Référence abrégée TJ Paris, 20 févr. 2026, n° 23/16680
- Domaine de propriété intellectuelle DESSIN ET MODELE
- Parties CACHE CACHE SAS c. VETIR SAS
- Identifiant Judilibre6998ea8acdc6046d472b4656
- Partie demanderesseCACHE CACHEdéfendu(e) par Cabinet MOIROUX AVOCATS
- Parties défenderessesS.A.S. CACHE CACHEdéfendu(e) par BEUDARD Clovisdu Cabinet MOIROUX AVOCATS
Commentaires sur l'affaire
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Chronologie de l'affaire
Tribunal judiciaire de Paris
20 février 2026
Texte intégral
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE [Localité 1] [1]
[1]
■
3ème chambre 2ème section
N° RG 23/16680 N° Portalis 352J-W-B7H-C3S5C
N° MINUTE :
Assignation du : 21 Décembre 2023
JUGEMENT rendu le 20 Février 2026
DEMANDERESSE
S.A.S. CACHE CACHE [Adresse 1] [Localité 2]
représentée par Maître Clovis BEUDARD de la SELARL MOIROUX AVOCATS, avocats au barreau de PARIS, vestiaire #P0405
DÉFENDERESSE
S.A.S. VETIR
D20260014 DM
[Adresse 2] [Localité 3] [Localité 4]
représentée par Maître Marianne GABRIEL de CASALONGA, avocats au barreau de PARIS, vestiaire #K0177
Copies délivrées le : Me BEUDARD - P405 (CC) Me GABRIEL - K177 (expédition exécutoire)
Décision du 20 Février 2026 3ème chambre 2ème section N° RG 23/16680 - N° Portalis 352J-W-B7H-C3S5C
COMPOSITION DU TRIBUNAL
Madame Irène BENAC, Vice-Présidente Madame Alix FLEURIET, Vice-présidente Monsieur Arthur COURILLON-HAVY, Juge
assistés de Madame Laurie ONDELE, greffière lors des débats, et de Madame Alice LEFAUCONNIER, greffière lors de la mise à dispositon.
DEBATS
A l'audience du 08 janvier 2026 tenue en audience publique, avis a été donné aux avocats que la décision serait rendue le 20 février 2026.
JUGEMENT
Rendu publiquement par mise à disposition au greffe Contradictoire En premier ressort
EXPOSE DU LITIGE
Faits
La SAS Cache cache commercialise des vêtements sous la marque éponyme, parmi lesquels un manteau créé en 2018, confectionné en mars 2019 et constamment vendu depuis lors, désigné comme le modèle "Mandouwin" et décliné en plusieurs coloris, reproduit ci-dessous.
La SAS Vetir a une activité de commerce de prêt-à-porter et commercialise ses collections sous la marque Gemo. La société Cache cache reproche à la société Vetir de proposer à la vente un modèle de manteau référencé 40288430181 (en gris), reproduit ci-dessous, et 40288430181 (en noir) reproduisant selon elle les caractéristiques essentielles du manteau Mandouwin dans ses boutiques Gemo et sur le site internet .
A une mise en demeure du 9 novembre 2023 de cesser cette commercialisation et d'indemniser la société Cache cache, la société Vetir a répondu le 20 novembre suivant que le modèle de manteau litigieux ne présentait pas l'originalité requise pour être protégé par le droit d'auteur, qu'il existait de nombreux manteaux similaires dans le commerce, qu'elle-même l'avait développé en 2018 et qu'aucun investissement spécifique n'était démontré. Procédure
Par acte du 21 décembre 2023, la société Cache cache a fait assigner la société Vetir devant le tribunal judiciaire de Paris en contrefaçon de droits d'auteur et, subsidiairement, en concurrence déloyale et parasitaire. Par mention au dossier du 7 juin 2024, le juge de la mise en état a renvoyé au tribunal l'examen de fins de non-recevoir soulevées par la défenderesse. Dans ses dernières conclusions signifiées le 16 janvier 2025, la société Cache cache demande au tribunal de :à titre principal, - juger que le manteau Mandouwin est une création originale éligible à la protection du droit d'auteur,
- ordonner à la société Vetir de lui communiquer le dossier technique, l'intégralité des commandes et des factures
d'achat et de ventes relatifs au manteau Gemo références n° 40288430181 et 40288430182,
- condamner la société Vetir à lui payer la somme de 360.440 euros à titre de dommages et intérêts en réparation de la
contrefaçon de ses droits d'auteur sur la manteau Mandouwin,
à titre subsidiaire,
- condamner la société Vetir à lui payer la somme de 202.280 euros à titre de dommages et intérêts en réparation des
actes de concurrence déloyale et parasitaire,
en tout état de cause,
- interdire à la société Vetir de poursuivre l'importation, la fabrication et la commercialisation des manteaux
40288430181 et 40288430182, de rappeler et détruire ces produits, sous astreinte,
- des mesures de publication du jugement sur la page d'accueil du site internet et dans 3 journaux, sous astreinte,
- débouter la société Vetir de sa demande reconventionnelle et de toutes ses autres demandes,
- condamner la société Vetir aux dépens et à lui payer la somme de 20.000 euros ainsi que le remboursement des frais
de constat au titre de l'article 700.
Dans ses dernières conclusions signifiées le 7 février 2025, la société Vetir demande au tribunal de débouter la société Cache cache de l'ensemble de ses demandes et, reconventionnellement, de la condamner à lui payer la somme de 15.000 euros à titre de dommages et intérêts pour procédure abusive, aux dépens et à lui payer la somme de 25.000 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile.
L'ordonnance de clôture a été rendue le 13 février 2025. Moyens des parties
La société Cache cache fait valoir que le modèle Mandouwin a été créé par une de ses salariées en 2018 et est un modèle phare de la marque Cache cache, à ce titre exploité sous son nom (ainsi qu'il ressort d'extraits de son site, de journaux de vente et d'un tableau certifié de son directeur financier) depuis juillet 2019, et qu'il tire son originalité de la combinaison des éléments suivants :- manteau asymétrique mi-long, - capuche large avec doublure contrastante,
- fermeture zippée asymétrique sur l'avant,
- deux poches zippées devant,
- haut col montant à l'intérieur de la capuche, à revers asymétrique et doté d'un bouton à pression.
Selon la styliste attestataire, celle-ci a combiné "une ligne cintrée" avec "une ouverture asymétrique zippée dans un esprit
biker et casual", "des détails contrastés en faux cuir aux poches et le long du zip", un détail original mais utilitaire, la
"grande capuche enveloppante inspiré des capelines d'époque Victorienne" et "un grand col montant" précisant "c'est par
ce duo grand col zippé asymétrique et capuche enveloppante que j'ai rendu ce manteau unique en contraste avec sa
ligne fittée et élégante".
La société Cache cache soutient que la combinaison de ces différents éléments particuliers résulte de choix arbitraires et d'un effort de création pour réaliser un vêtement singulier qui se distingue nettement des antériorités opposées en défense, créant une impression d'ensemble sensiblement différente.Elle indique que les modèles 40288430181 et 40288430182 proposés par la société Vetir reproduisent servilement la combinaison originale des caractéristiques du manteau Mandouwin.
S'agissant des griefs de concurrence déloyale et de parasitisme, elle soutient que :- la commercialisation par la société Vetir en 2023 d'une copie servile ou quasi-servile de son manteau phare Mandouwin, présent dans ses collections à chaque saison depuis 2019, dans les mêmes coloris, pour les écouler à prix inférieur (60 euros au lieu de 70 euros) est destinée à créer une confusion avec ce produit ; - la société Vetir a profité indûment de ses investissements spécifiques et individualisés pour la création, la fabrication, la
promotion et la commercialisation de celui-ci en s'économisant tout travail de création, de marketing et de promotion.
Elle oppose à la demande reconventionnelle que ses demandes reposent sur des motifs sérieux. La société Vetir oppose que : - les pièces versées à l'appui de la création et de la commercialisation du manteau ne permettent pas d'établir celles-ci (premières images de 2023 mais rien d'antérieur, ni compte Instagram, ni Facebook, ni captures d'écran du site marchand), ce qui rend ses demandes irrecevables ; - le manteau [H] ne présente aucune originalité, les éléments revendiqués étant banals et fonctionnels de même que leur
combinaison qui s'inscrit dans la tendance de 2018 (col asymétrique doté d'un bouton à pression, fermeture centrale en
biais et zips contrastants) et qui relève du fonds commun du domaine vestimentaire comme en témoignent plusieurs
antériorités ;
-le modèle critiqué ne reproduit pas la combinaison des caractéristiques du modèle invoqué : il n'est pas cintré, ne
présente pas les mêmes lignes devant ni de forme arrondie en bas, ne comporte pas le même col zippé, n'a pas les
mêmes détails ornementaux, est garni de fausse fourrure, est confectionné dans un tissu d'aspect différent et comporte
une petite capuche ;
- les demandes indemnitaires sont extravagantes et injustifiées.
S'agissant du grief de parasitisme, elle conteste que son modèle soit une copie servile du manteau Mandouwin et la notoriété alléguée du modèle au sein de la tendance illustrée par d'autres vêtements similaires et contemporains, ainsi que l'existence des investissements de création ou de promotion allégués, rappelant qu'elle-même expose des coûts de fabrication et a une équipe de stylistes, de sorte que les demandes subsidiaires, ne sont pas plus justifiées. La société Vetir fait valoir que la société Cache cache a délibérément cherché à lui porter préjudice par la présente action en justice en demandant une indemnisation de plus de 360.000 euros, pour obtenir un monopole sur un modèle de vêtement parfaitement banal.



