Tribunal judiciaire de Troyes, 8 juin 2026, 25/02508
Mots clés
Contrats • Prêt d'argent, crédit-bail (ou leasing), cautionnement • Prêt - Demande en remboursement du prêt • société • déchéance • contrat • terme • preuve • remboursement • forclusion • recevabilité • rééchelonnement
Synthèse
- Juridiction : Tribunal judiciaire de Troyes
- Numéro de pourvoi :25/02508
- Dispositif : Fait droit à une partie des demandes du ou des demandeurs sans accorder de délais d'exécution au défendeur
- Référence abrégée : TJ Troyes, 8 juin 2026, n° 25/02508
- Identifiant Judilibre :6a29b6f2cdc6046d47dcbc8b
Voir plus
Résumé
Vous devez être connecté pour pouvoir générer un résumé.
Partie demanderesse
FLOA
défendu(e) par MEURVILLE Marie
Partie défenderesse
Personne physique anonymisée
Suggestions de l'IA
Texte intégral
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE TROYES
CHAMBRE CIVILE
JUGEMENT DU 08 JUIN 2026
N° RG 25/02508 - N° Portalis DBWV-W-B7J-FL4A
Nac :53B
Minute:
Jugement du :
08 juin 2026
S.A. FLOA
c/
Monsieur [N] [O]
DEMANDERESSE
S.A. FLOA
[Adresse 1]
[Adresse 2]
[Localité 1]
représentée par Maître Patrick DEROWSKI de la SELARL CABINET DEROWSKI & ASSOCIÉES, avocats au barreau de REIMS substituée par Me Marie MEURVILLE, avocat au barreau D'AUBE
DEFENDEUR
Monsieur [N] [O]
[Adresse 3]
[Localité 2]
non comparant, ni représenté
* * * * * * * * * *
L'affaire a été plaidée à l'audience du 13 avril 2026 tenue par Madame Eléonore AUBRY, Juge des Contentieux de la Protection du Tribunal Judiciaire de Troyes assisté(e) de Madame Aurélie SUPRIN, Greffière des débats et Monsieur Jean-Guy MARCHAL, Greffier, lors de la mise à disposition.
A l'issue des débats, l'affaire a été mise en délibéré. Il a été indiqué que le jugement serait rendu par mise à disposition à la date du 08 juin 2026, date à laquelle la décision dont la teneur suit a été rendue.
EXPOSÉ DES FAITS ET DE LA PROCÉDURE
Suivant offre de contrat acceptée le 9 octobre 2023, la société FLOA a consenti à M. [N] [O] un crédit à la consommation d'un montant de 9500 euros, remboursable en 84 mensualités de 158,14 euros, moyennant un taux d'intérêt annuel nominal de 6,70 % et un taux annuel effectif global de 6,91 %.
Des mensualités étant restées impayées à leur échéance, la société FLOA a, par lettre recommandée avec accusé de réception du 3 octobre 2024, mis en demeure M. [N] [O] de s'acquitter des mensualités échues impayées, dans un délai de 8 jours, sous peine de déchéance du terme. Puis, par lettre recommandée avec accusé de réception du 27 janvier 2025, la société FLOA lui a finalement notifié la déchéance du terme, et l'a mis en demeure de rembourser l'intégralité du crédit.
Par acte de commissaire de justice du 27 octobre 2025, la société FLOA a ensuite fait assigner M. [N] [O] devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Troyes, afin d'obtenir sa condamnation à lui payer les sommes qu'elle estime lui être dues.
L'affaire a été appelée à l'audience du 13 avril 2026, où les moyens suivants ont été soulevés d'office :
La déchéance du prêteur de son droit aux intérêts, en application des dispositions des articles L.341-1 et suivants du code de la consommation, compte tenu des éléments suivants :
Absence de fiche d'informations pré-contractuelles (art.L.312-12 du code de la consommation)
PRETENTIONS ET MOYENS DES PARTIES
À l'audience, la société FLOA demande au tribunal, à titre principal de : Condamner M. [N] [O] à lui payer la somme de 11006,18 euros au titre de l'intégralité des sommes restant dues en exécution du contrat du 9 octobre 2023, outre intérêts au taux contractuel de 6,70 % à compter du 25 août 2025,Dans l'hypothèse de délais de paiement, Condamner le défendeur à payer les sommes selon des mensualités égales sur 23 mois et le solde restant dû à la 24ème mensualité,Prononcer la déchéance du terme à défaut de règlement d'une seule échéance à son terme et de condamner le défendeur au paiement de l'intégralité des sommes restant dues. A titre subsidiaire, la société FLOA demande au tribunal de : Prononcer la résolution du contrat, Condamner M. [N] [O] à lui payer les sommes restant dues au titre des restitutions. Plus subsidiairement, la société FLOA demande au tribunal, dans l'hypothèse d'une déchéance du droit aux intérêts, de condamner l'emprunteur au remboursement du capital déduction des règlements opérées. En tout état de cause, la société FLOA demande au tribunal : Condamner M. [N] [O] à lui payer la somme de 200 euros au titre des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile, en plus des entiers dépens, Rappeler l'exécution provisoire de droit. Au soutien de ses demandes, la société FLOA indique un premier incident de paiement non régularisé au 20 avril 2024 et soutient la recevabilité de ses demandes. Elle se prévaut du contrat signé le 9 octobre 2023, ainsi que de la déchéance du terme notifié par lettre recommandée du 27 janvier 2025 pour faire valoir l'exigibilité des sommes. Elle argue la validité du contrat au regard de la présence du bordereau de rétractation. Subsidiairement, la société FLOA se prévaut des manquements de l'emprunteur à son obligation de payer les échéances. Bien que régulièrement assigné par acte de commissaire de justice délivré à personne, M. [N] [O] n'a pas comparu et ne s'est pas fait représenter. L'affaire a été mise en délibéré au 8 juin 2026.MOTIVATION
Selon l'article 472 du code de procédure civile, lorsque le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond. Le juge ne fait alors droit à la demande que s'il l'estime régulière, recevable et bien fondée. Selon l'article R.632-1 du code de la consommation, le juge peut relever d'office tous les moyens tirés de l'application des dispositions de ce code. Il convient donc, en l'espèce, d'appliquer d'office au contrat litigieux les dispositions du code de la consommation, dans leur numérotation et rédaction en vigueur au 9 octobre 2023, sur lesquelles les parties ont été en mesure de présenter leurs observations, conformément aux dispositions de l'article 16 du code de procédure civile. 1.SUR LA RECEVABILITE DE LA DEMANDE EN PAIEMENT Aux termes de l'article R.312-35 du code de la consommation, les actions en paiement engagées devant le tribunal judiciaire à l'occasion de la défaillance de l'emprunteur doivent être formées dans les deux ans de l'événement qui leur a donné naissance à peine de forclusion. Cet événement est caractérisé par le non-paiement des sommes dues à la suite de la résiliation du contrat ou de son terme, le premier incident de paiement non régularisé, le dépassement non régularisé du montant total du crédit consenti dans le cadre d'un contrat de crédit renouvelable, ou le dépassement, au sens du 13° de l'article L. 311-1, non régularisé à l'issue du délai prévu à l'article L. 312-93. Lorsque les modalités de règlement des échéances impayées ont fait l'objet d'un réaménagement ou d'un rééchelonnement, le point de départ du délai de forclusion est le premier incident non régularisé intervenu après le premier aménagement ou rééchelonnement conclu entre les intéressés ou après adoption du plan conventionnel de redressement prévu à l'article L. 732-1 ou après décision de la commission imposant les mesures prévues à l'article L. 733-1 ou la décision du juge de l'exécution homologuant les mesures prévues à l'article L. 733-7. En l'espèce, il ressort de l'historique de compte versé au débat que le premier incident de paiement non régularisé peut être fixé à la date du 20 mars 2024. L'assignation du 27 octobre 2025 a donc été délivrée avant l'expiration du délai précité. En conséquence, la société FLOA sera dite recevable en ses demandes. 2. SUR LA DEMANDE EN PAIEMENT Sur la déchéance du droit du prêteur aux intérêts L'article L.341-1 du code de la consommation dispose en effet que le prêteur qui accorde un crédit sans communiquer à l'emprunteur les informations précontractuelles dans les conditions fixées par l'article L.312-12 ou, pour les opérations de découvert en compte, à l'article L.312-85 est déchu du droit aux intérêts. L'article L.312-12 susvisé exige du prêteur ou de l'intermédiaire de crédit qu'il donne à l'emprunteur, préalablement à la conclusion du contrat de crédit, par écrit ou sur un autre support durable dont le contenu et la présentation sont définis par les articles R.312-2 et suivants, les informations nécessaires à la comparaison de différentes offres et permettant à l'emprunteur, compte tenu de ses préférences, d'appréhender clairement l'étendue de son engagement. En l'espèce, la société FLOA ne justifie pas de la remise de la fiche d'informations pré-contractuelles européenne normalisée à l'emprunteur, se bornant à produire une copie de fiche ne portant ni la paraphe, ni la siganture de l'emprunteur. La clause par laquelle M. [N] [O] reconnaît avoir reçu et pris connaissance des informations pré-contractuelles ne suffit pas à apporter cette preuve, puis qu'il s'agit d'une clause dont l'objet est précisément de permettre à la société FLOA de se pré-constituer la preuve, en toutes circonstances et même dans l'éventualité d'un manquement de sa part, de la bonne exécution de son obligation prévue à l'article L.312-12 du code de la consommation. En conséquence, la signature de l'emprunteur sous cette clause ne peut valablement prouver l'accomplissement par la société FLOA de son obligation prévue à l'article L. 312-12 précité. En l'absence de production par la demanderesse d'autre élément susceptible d'apporter cette preuve, il convient donc de prononcer la déchéance de son droit aux intérêts depuis l'origine sur ce fondement. Sur l'exigibilité des sommes Aux termes de l'article 1103 du code civil, les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites. En application de l'article 1217 du même code et de l'article L.312-39 du code de la consommation, lorsque l'emprunteur cesse de verser les mensualités stipulées, le prêteur est en droit de se prévaloir de la déchéance du terme et de demander le remboursement des fonds avancés. Les conséquences de la défaillance de l'emprunteur étaient, en outre, prévues par le contrat du 9 octobre 2023 signé par M. [N] [O]. Par lettre recommandée avec accusé de réception du 3 octobre 2024, la société FLOA a, d'ailleurs, mis ce dernier en demeure de régler les mensualités impayées dans un délai de 8 jours afin d'éviter la déchéance du terme. Or, d'après les pièces versées aux débats, ce retard n'a pas été régularisé par le défendeur. La déchéance du terme a donc pu valablement intervenir le 27 janvier 2025. Sur le montant des sommes dues Conformément à l'article L 341-8 du code de la consommation, en cas de déchéance du droit aux intérêts, le débiteur n'est tenu qu'au remboursement du seul capital. Cette déchéance s'étend donc aux intérêts et à tous leurs accessoires excluant donc l'application des stipulations prévoyant une indemnité conventionnelle en cas de défaillance de l'emprunteur. Par ailleurs, ces dispositions doivent être interprétées conformément à la directive 2008/48/CE du Parlement européen et du Conseil du 23 avril 2008 concernant les contrats de crédit aux consommateurs, dont les dispositions nationales ne sont que la transposition, et qui prévoit en son article 23 que les sanctions définies par les États membres en cas de violation des dispositions nationales adoptées conformément à la présente directive doivent être effectives, proportionnées et dissuasives. Bien que déchu de son droit aux intérêts, le prêteur est fondé, en vertu de l'article 1231-6 du code civil, à réclamer à l'emprunteur le paiement des intérêts au taux légal sur le capital restant dû à compter de la mise en demeure, le taux d'intérêt étant en principe majoré de plein-droit deux mois après le caractère exécutoire de la décision de justice. Afin d'assurer l'effet de la directive 2008/48, notamment de son article 23, de garantir le caractère effectif et dissuasif de la sanction de la déchéance du droit aux intérêts et au regard de l'arrêt du 27 mars 2014 de la Cour de Justice de l'Union Européenne (affaire C-565/12, Le Crédit Lyonnais SA/[D] [M]), il convient donc de ne pas faire application de l'article de l'article L. 313-3 du code monétaire et financier et de dire que les sommes restantes dues ne porteront intérêts qu'au taux légal non majoré à compter de la déchéance du terme. En l'espèce, la société FLOA a octroyé des financements pour un montant total de 9500 euros. Les pièces versées au débat permettent d'établir le montant des règlements à la somme de 632,56 euros. En conséquence, M. [N] [O] sera condamné à verser à la société FLOA, la somme de 8867,44 euros assortie des intérêts au taux légal non majoré à compter du 27 janvier 2025. 3. SUR LES DEMANDES ACCESSOIRES Sur les dépens En application de l'article 696 du code de procédure civile, M. [N] [O], qui succombe à l'instance, sera condamné aux dépens. Sur les frais irrépétibles L'équité commande par ailleurs de le condamner à payer à la société FLOA la somme de 200 euros, au titre des frais non compris dans les dépens, en application des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile. Sur l'exécution provisoire Aux termes de l'article 514 du code de procédure civile, les décisions de première instance sont exécutoires de droit à titre provisoire.PAR CES MOTIFS
, Le juge des contentieux de la protection, statuant après débats publics, par jugement mis à disposition au greffe, réputé contradictoire et en premier ressort, CONSTATE la déchéance du terme du contrat de crédit du 9 octobre 2023 intervenue le 27 janvier 2025, PRONONCE la déchéance totale du droit aux intérêts de la société FLOA au titre du crédit souscrit le 9 octobre 2023 par M. [N] [O], CONDAMNE M. [N] [O] à payer à la société FLOA la somme de 8867,44 euros (huit mille huit cent soixante-sept euros et quarante-quatre centimes), à titre de restitution des sommes versées en application du contrat précité, DIT que cette somme produira intérêts au taux légal non majoré à compter du 27 janvier 2025, DÉBOUTE la société FLOA du surplus de ses demandes, CONDAMNE M. [N] [O] à payer à la société FLOA la somme de 200 euros (deux cents euros) au titre de l'article 700 du code de procédure civile, CONDAMNE M. [N] [O] aux dépens, DIT n'y avoir lieu d'écarter l'exécution provisoire de la présente décision, Ainsi signé par le juge et le greffier susnommés et mis à disposition des parties le 8 juin 2026. Le Greffier Le Juge En conséquence, la République Française mande et ordonne à tous Commissaires de Justice sur ce requis de mettre les présentes à exécution. Aux Procureurs Généraux et aux Procureurs de la République près les Tribunaux Judiciaires d'y tenir la main. A tous Commandants et Officiers de la [Localité 3] Publique de prêter main forte lorsqu'ils en seront légalement requis. En foi de quoi les présentes ont été délivrées par le Greffier.Commentaires sur cette affaire
L'accès aux commentaires est réservé aux utilisateurs premium.
Note...