Tribunal judiciaire d'Annecy, 14 septembre 2026, 25/01434
Mots clés
Contrats • Prêt d'argent, crédit-bail (ou leasing), cautionnement • Prêt - Demande en remboursement du prêt • contrat • preuve • déchéance • terme • signature • forclusion • prêt • sanction • remboursement
Chronologie de l'affaire
Synthèse
- Juridiction : Tribunal judiciaire d'Annecy
- Numéro de pourvoi :25/01434
- Dispositif : Fait droit à une partie des demandes du ou des demandeurs sans accorder de délais d'exécution au défendeur
- Référence abrégée : TJ Annecy, 14 sept. 2026, n° 25/01434
- Identifiant Judilibre :6aa83714195da062e0c6e790
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Chronologie de l'affaire
Tribunal judiciaire d'Annecy
14 septembre 2026
Résumé
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Partie demanderesse
CA CONSUMER FINANCE
défendu(e) par GONCALVES Amélie du Cabinet LEVY ROCHE SARDASCHREIBER Grégory
Partie défenderesse
Personne physique anonymisée
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Texte intégral
Expéditions le : Minute n° 26/00274
Grosse :
JUGEMENT DU : 14 Septembre 2026
DOSSIER N° : N° RG 25/01434 - N° Portalis DB2Q-W-B7J-F53B
TRIBUNAL JUDICIAIRE D'ANNECY
JUGE DES CONTENTIEUX DE LA PROTECTION
DEMANDERESSE
S.A. CA CONSUMER FINANCE
[Adresse 1]
[Adresse 2]
[Localité 1]
représentée par Maître Amélie GONCALVES de la SELARL LEVY ROCHE SARDA, avocats au barreau de LYON substituée par Me Grégory SCHREIBER, avocat au barreau d'ANNECY - 3
DÉFENDEUR
Monsieur [T] [L]
[Adresse 3]
[Localité 2]
non comparant, ni représenté
LE JUGE : Madame SOULAS, Vice-Présidente, Juge des Contentieux de la Protection du Tribunal Judiciaire d'Annecy
GREFFIERS : M. CHARTIN, Greffier lors des débats
Mme ROCHEL, Greffière lors du délibéré
L'affaire a été appelée à l'audience publique du 01 Juillet 2026 devant Madame SOULAS, Vice-Présidente, Juge des Contentieux de la Protection du Tribunal Judiciaire d'Annecy, assistée de Monsieur CHARTIN, Greffier ;
Les parties ont été avisées que la décision était mise en délibéré au 14 Septembre 2026.
Jugement rendu publiquement, par mise à disposition au greffe, réputé contradictoire et en premier ressort.
EXPOSE DU LITIGE
Par contrat n°56842400475 signé électroniquement le 22 septembre 2022, la SA CA Consumer Finance, sous la marque Sofinco Partner, a consenti à M. [T] [L] un contrat de crédit renouvelable d'un montant maximum de 700 euros, remboursable par mensualités variables selon le montant et la durée du remboursement, au taux déterminé selon la nature de l'utilisation, les options et la durée choisies.
Par avenant signé électroniquement le 17 novembre 2023, les parties ont convenu de l'augmentation du montant maximal du crédit à la somme de 13 300 euros, remboursable selon les mêmes modalités.
Faisant valoir des incidents de paiement non régularisés, le prêteur, après mise en demeure du 24 octobre 2024 adressée par courrier recommandé avec accusé de réception, a prononcé la déchéance du terme du contrat le 19 novembre 2024.
Par acte de commissaire de justice en date du 16 juillet 2025, la SA CA Consumer Finance a fait assigner M. [T] [L] devant le juge des contentieux de la protection d'[Localité 3], pour demander, sur le fondement des articles L.312-39 du code de la consommation, 1228 et suivants du code civil, de :
à titre principal :
constater l'acquisition de la clause résolutoire et la déchéance du terme,condamner M. [T] [L] à lui payer, au titre du contrat du 22 septembre 2022 et du 17 novembre 2023, la somme de 15 713,87 euros, outre les intérêts contractuels au taux de 17,633% à compter du 19 novembre 2024,
à titre subsidiaire :
prononcer la résiliation du contrat et la déchéance du terme pour manquement aux obligations contractuelles,condamner M. [T] [L] à lui payer au titre du contrat du 22 septembre 2022 et du 17 novembre 2023, la somme de 15 713,87 euros, outre les intérêts contractuels au taux de 17,633% à compter de la délivrance de l'assignation,
en tout état de cause :
condamner M. [T] [L] à lui payer la somme de 500 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile,dire n'y avoir lieu à écarter l'exécution provisoire de la décision à intervenir,condamner M. [T] [L] aux entiers dépens de l'instance.
A l'appui de ses demandes, elle fait valoir que le contrat est régulier et conforme aux exigences légales, que l'emprunteur a été défaillant dans le règlement des échéances de sorte que la clause résolutoire prévue au contrat est acquise et le contrat résilié. Subsidiairement, elle soutient que la défaillance de l'emprunteur justifie le prononcé de la résolution judiciaire du contrat à ses torts exclusifs. Elle s'estime donc bien fondée à réclamer le solde restant dû.
L'affaire a été appelée à l'audience du 1er juillet 2026, au cours de laquelle le juge a soulevé différents moyens de nullité, d'irrecevabilité de l'action et motifs de déchéance du droit aux intérêts en application de l'article R.632-1 du code de la consommation.
A l'audience, la SA CA Consumer Finance, représentée par son conseil, s'en remet aux termes de son assignation et dépose son dossier. Elle ne demande pas de délai pour répondre aux moyens soulevés d'office par le juge.
Bien qu'assigné en l'étude du commissaire de justice, M. [T] [L] n'est ni présent, ni représenté.
La décision a été mise en délibéré au 14 septembre 2026.
MOTIFS DE LA DECISION
Selon les dispositions de l'article 472 du code de procédure civile, si le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond. Le juge ne fait droit à la demande que dans la mesure où il l'estime régulière, recevable et bien fondée. Sur la recevabilité de l'action Aux termes de l'article L.218-2 du code de la consommation, l'action des professionnels, pour les biens ou les services qu'ils fournissent aux consommateurs, se prescrit par deux ans. L'article R.312-35 du même code précise que les actions en paiement engagées à l'occasion de la défaillance de l'emprunteur doivent être formées dans les deux ans de l'événement qui leur a donné naissance à peine de forclusion. Cet événement est caractérisé par […] le premier incident de paiement non régularisé ou le dépassement non régularisé du montant total du crédit consenti dans le cadre d'un contrat de crédit renouvelable. Il convient de rappeler que la date du premier impayé non régularisé est déterminée en faisant application du principe de l'imputation des paiements sur les échéances impayées les plus anciennes et qu'il n'y a pas lieu de tenir compte des écritures de type « annulations de retard » ou « régularisations » opérées unilatéralement par le prêteur, qui ne correspondent nullement à un paiement effectif de la somme due par l'emprunteur. En l'espèce, aucune forclusion ne se trouve caractérisée, dès lors qu'il se déduit de l'historique versé aux débats que le premier incident de paiement non régularisé est intervenu lors de la mensualité du 29 mai 2024, que l'assignation du 16 juillet 2025 a donc été délivrée avant l'expiration du délai biennal de forclusion. Dès lors, l'action de la SA CA Consumer Finance est recevable. Sur la demande en paiement au titre du contrat de prêt La demande en paiement se trouve fondée en son principe, au regard du contrat de prêt et de son avenant, des fichiers de preuve et des certifications de la signature électronique, de l'historique du compte et de la mise en demeure. C'est donc à bon droit, en application des clauses de la convention, que le prêteur a, suite à des échéances impayées, et après une mise en demeure infructueuse, prononcé la déchéance du terme. Concernant les irrégularités du contrat relative à la fiche d'information précontractuelle (FIPEN) Aux termes de l'article L.312-12 du code de la consommation, préalablement à la conclusion du contrat de crédit, le prêteur ou l'intermédiaire de crédit donne à l'emprunteur, par écrit ou sur un autre support durable, les informations nécessaires à la comparaison de différentes offres et permettant à l'emprunteur, compte tenu de ses préférences, d'appréhender clairement l'étendue de son engagement. Un décret en Conseil d'Etat fixe la liste et le contenu des informations devant figurer dans la fiche d'informations à fournir pour chaque offre de crédit ainsi que les conditions de sa présentation. L'article L.341-1 du code de la consommation précise que le prêteur qui accorde un crédit sans communiquer à l'emprunteur les informations précontractuelles dans les conditions fixées par les articles L. 312-12 est déchu du droit aux intérêts. Il y a lieu de rappeler que la charge de la preuve de l'existence de cette fiche d'informations et de sa remise effective au consommateur repose sur l'organisme prêteur, lequel doit non seulement rapporter la preuve de l'existence de cette fiche, de sa remise, mais encore de ce que sa teneur répond aux exigences de l'article L.312-12 du code de la consommation ; que la nécessité pour le prêteur de rapporter la preuve du contenu de l'information donnée l'oblige en conséquence à produire le double des documents remis, comportant la signature de l'emprunteur. En l'espèce, bien que la FIPEN soit produite par la banque pour chacun des contrats, celles-ci ne comportent aucune signature à la main ou mention d'une signature électronique. Même si les contrats comportent une clause par laquelle l'emprunteur a reconnu avoir pris connaissance de la fiche d'informations précontractuelles européennes normalisées en matière de crédit aux consommateurs, cet élément ne suffit pas à démontrer que ce document aurait été effectivement remis à l'intéressé pour chaque contrat. En effet, il convient de rappeler les termes de l'arrêt de la Cour de justice de l'Union Européenne du 18 décembre 2014 (SA YOUNITED contre Mme [R] [V], Mme [O] [M] épouse [P] et M. [I] [P]) selon lequel les dispositions de la directive 2008/48/CE du Parlement européen et du Conseil, du 23 avril 2008, concernant les crédits aux consommateurs et abrogeant la directive 87/102/CEE du Conseil, doivent être interprétées en ce sens que : d'une part, elles s'opposent à une réglementation nationale selon laquelle la charge de la preuve de la non-exécution des obligations prescrites aux articles 5 et 8 de la directive 2008/48 repose sur le consommateur,et, d'autre part, elles s'opposent à ce que, en raison d'une clause type, le juge doive considérer que le consommateur a reconnu la pleine et correcte exécution des obligations précontractuelles incombant au prêteur, cette clause entraînant ainsi un renversement de la charge de la preuve de l'exécution des dites obligations de nature à compromettre l'effectivité des droits reconnus par la directive 2008/48. Il ressort en effet de l'article 22, § 3 de la directive 2008/48 qu'une telle clause ne peut permettre au prêteur de contourner ses obligations et qu'elle ne constitue qu'un indice qu'il incombe au prêteur de corroborer par un ou plusieurs éléments de preuve pertinents. Or, la SA CA Consumer Finance ne produit à l'appui de ses allégations aucun élément de preuve qui vienne corroborer le contenu de cette clause, la production d'une fiche d'informations émanant du seul prêteur, non signée par le consommateur, ne peut en effet suffire à rapporter une telle preuve (voir sur ce point Cass. 1re civ., 7 juin 2023). En conséquence, le prêteur ne peut dans ces conditions qu'être déchu du droit aux intérêts. Concernant le montant dû par l'emprunteur Selon les dispositions de l'article L.341-8 du code de la consommation, lorsque le prêteur est déchu du droit aux intérêts dans les conditions prévues aux articles L. 341-1 à L. 341-7, l'emprunteur n'est tenu qu'au seul remboursement du capital suivant l'échéancier prévu, ainsi que, le cas échéant, au paiement des intérêts dont le prêteur n'a pas été déchu. Les sommes déjà perçues par le prêteur au titre des intérêts, qui sont productives d'intérêts au taux de l'intérêt légal à compter du jour de leur versement, sont restituées par le prêteur ou imputées sur le capital restant dû. Il y a lieu de rappeler que cette déchéance s'étend aux frais, commissions et assurances. Cette limitation légale de la créance du prêteur exclut qu'il puisse prétendre au paiement de l'indemnité de 8% prévue par le code de la consommation. En l'espèce, il se déduit de l'historique du compte que M. [T] [L] a utilisé une somme totale de 16 072,99 euros, les utilisations de carte pour des paiements au comptant ou des retraits en DAB ne peuvent être prises en compte faute de constituer des opérations de crédit. L'emprunteur a effectué des versements d'un montant total de 5 779,07 euros. En conséquence, M. [T] [L] sera condamné à payer à la SA CA Consumer Finance la somme totale de 10 293,92 euros (16 072,99 - 5 779,07). Concernant les intérêts En application des dispositions des articles 1153 et 1231-6 du code civil, le prêteur, bien que déchu de son droit aux intérêts, demeure fondé à demander à ce que la somme que l'emprunteur a été condamné à lui verser porte intérêts au taux légal, majoré de plein droit deux mois après que la décision de justice soit revêtue du caractère exécutoire. L'article 1231-7 du même code précise qu'en toute matière, la condamnation à une indemnité emporte intérêts au taux légal même en l'absence de demande ou de disposition spéciale du jugement. Sauf disposition contraire de la loi, ces intérêts courent à compter du prononcé du jugement à moins que le juge n'en décide autrement. L'article 23 de la directive 2008/48/CE du Parlement européen et du Conseil du 23 avril 2008 concernant les contrats de crédit aux consommateurs et abrogeant la directive 87/102/CEE du Conseil, dispose que les sanctions applicables en cas de violation des dispositions nationales doivent être effectives, proportionnées et dissuasives. Il en résulte que les dispositions précitées du code civil doivent être écartées s'il en découle pour le prêteur la perception de montants équivalents ou proches de ceux qu'il aurait perçus si la déchéance du droit aux intérêts n'avait pas été prononcée, sauf à faire perdre à cette sanction ses caractères de dissuasion et d'efficacité (Cour de Justice de l'Union Européenne, 27 mars 2014, C-565/12). Au vu du taux d'intérêt légal actuel, les montants susceptibles d'être perçus par le prêteur au titre des intérêts au taux légal depuis la mise en demeure videraient de sa substance la sanction de l'inobservation des dispositions du code de la consommation. Dès lors, il convient de dire que la somme restant due en capital au titre du contrat de prêt litigieux produira intérêts à taux légal à compter de la signification de la présente décision. Il convient de surcroît d'exclure l'application du taux d'intérêt légal majoré prévu à l'article L.313-3 du code monétaire et financier, conformément à l'arrêt de la Cour de Justice de l'Union Européenne en date du 27 mars 2014 (C-565/12 Crédit Lyonnais-Kalhan), qui a condamné le dispositif français permettant au prêteur déchu de son droit aux intérêts d'obtenir de manière systématique des intérêts au taux légal majoré, lorsque les montants susceptibles d'être perçus par lui lors du recouvrement, ne sont pas significativement inférieurs à ceux dont il aurait pu bénéficier s'il avait respecté ses obligations. En effet, au regard du taux d'intérêt contractuel du crédit consenti par la SA CA Consumer Finance l'application du taux d'intérêt légal majoré de 5 points viderait de sa substance la sanction de l'inobservation des dispositions du code de la consommation. Sur les frais du procès Compte tenu de la solution apportée au litige, M. [T] [L] sera condamné aux dépens. Il ne parait pas inéquitable de laisser à la charge des parties les frais engagés dans le cadre de la présente instance non compris dans les dépens. La SA CA Consumer Finance sera déboutée de sa demande sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile. Il convient de rappeler les dispositions de l'article 514 du code de procédure civile qui prévoient l'exécution provisoire de droit de la présente décision.PAR CES MOTIFS
Le juge des contentieux de la protection, DÉCLARE recevable l'action en paiement de la SA CA Consumer Finance au titre du contrat de crédit renouvelable n°56842400475 souscrit les 22 septembre 2022 et 17 novembre 2023 par M. [T] [L], CONSTATE la déchéance du terme dudit contrat, DIT que la SA CA Consumer Finance est déchue du droit aux pénalités, frais et intérêts de sa créance, CONDAMNE M. [T] [L] à payer à la SA CA Consumer Finance au titre dudit contrat la somme de 10 293,92 euros, DIT que cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter de la signification de la présente décision, EXCLUT la majoration du taux de l'intérêt légal prévue à l'article L.313-3 du code monétaire et financier, CONDAMNE M. [T] [L] aux dépens, DÉBOUTE la SA CA Consumer Finance de sa demande sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile. RAPPELLE l'exécution provisoire de droit de la présente décision. Et la présente décision a été signée par la Présidente et la Greffière. La Greffière La Présidente Cyrielle ROCHEL Hélène SOULASCommentaires sur cette affaire
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